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20 octobre 2020

L'année de grâce

La claque de cette fin d'année ! Un roman puissant ! Lumineux malgré la noirceur, dont on sort exsangue et grandi surement ! Magnifique ! Coup de coeur des libraires et des lutins ! ❤️❤️❤️❤️❤️❤️❤️

 

 

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« Celles qui survivront ne sont plus jamais les mêmes » : c’est avec cet exergue sur la couverture que peut s’ouvrir ce roman. C’est une véritable claque que ce livre. On dit souvent qu’il est impossible de lâcher un roman, mais il y a différents niveaux de prise au piège et celui là est très certainement d’un niveau rarement atteint. Dès les premières lignes, on sent que quelque chose va bouger, que quel chose va nous déranger, nous emmener ailleurs. Dès les premiers chapitres, une petite voix vous tient éveillée et vous interdit d’aller ailleurs, de dormir avant d’avoir bu la coupe jusqu’à la lie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec Tierney et ses soeurs d’âge, celui de l’âge de grâce (quel horrible expression pour une année qui est tout sauf cela) , le lecteur est embarqué dans un tourbillon d’émotion, de révolte. Très vite l’envie d’hurler, de se débattre avec l’héroïne de lui crier de fuir vous prends aux tripes. Fuir, oui mais pour aller où, avec qui, avec quelles conséquences ? 

Car tout dans ce roman puissant et violent hurle contre la condition des femmes, mais aussi celle des hommes de cette société qui pensent que les femmes doivent subir cette monstruosité que doit être l’année de grâce. Mais regardez aussi ce qu’elle inflige à une bonne partie de ses hommes.. est-ce vraiment enviable ? Une société monstrueuse, figée sur ses certitudes, construite sur la violence, le refoulement, la haine, d’où émergent quelques êtres lumineux et différents en partie, comme par miracle. 

Une société qui prend au piège de la pensée, celle qu’on doit avoir, celle qui dicte la bonne morale, celle de la bonne conduite. Mais quelle conduite ? Qui sont ces femmes et ces hommes frustrés qui n’hésitent pas à envoyer leurs enfants vers une mort quasi certaine ? Car ne vous y trompez pas, si certaines reviennent de l’année de grâce, leur état psychologique est tel que la mort peu parfois paraître préférable. 

Ce roman coup de poing décrit une société dans laquelle certains hommes dominent et dictent la bonne parole, la bonne conduite. Une société dans laquelle, des femmes, des mères, complices, brisées par l’année de grâce en partie et la pression sociale, l’éducation avec des oeillères.. dictent à leurs filles ce qu’elles doivent être, des mères, des femmes soumises et obéissantes, des mères de fils de préférence, celles qui ne risquent pas d’être rejetées en dehors de la communauté. Un monde construit sur la contrainte, physique, morale, intellectuelle. Un monde construit sur la rumeur, les braconniers, ceux de l’extérieur, le danger imaginé pour terrifier et garder sous la terreur ceux du dedans. Monde dans lequel la sexualité notamment cachée, bridée, ouvre la porte à tous les excès et les dérives possibles. Un monde dans lequel les femmes, les filles bien évidemment sont sacrifiées de la manière la plus rude. Mais un monde dans lequel une partie des hommes eux mêmes ne sont pas épargnés. Un monde qui engendre la violence en continu, par la rancoeur, la vengeance, la jalousie… qui laisse les sentiments les plus mesquins prendre le dessus. Et pourtant il y a elle, sa force, son éducation en partie différente grâce à son père notamment (un premier grain de sable dans la machine), celui qui l’aime aussi (deuxième grain de sable), celui qu’elle rencontrera … ses soeurs, sa mère si dure… Elle, éduquée, pas comme la majorité des filles qui saura dans ce chaos trouver la force d’aller vers la lumière au risque de sa vie, de celle de tant d’autres pour trouver, créer, engendrer un monde meilleur. Elle qu’on suit le coeur battant, devenu (e) elle le temps d’une lecture. 

 

Un roman bouleversant, de ceux qui résonnent longtemps encore après sa lecture, qui tient éveillé après l’avoir refermé (impossible de s’endormir juste après cela) , et qui malgré sa noirceur reste résolument optimiste, sur la force de l’éducation, sur l’intelligence, ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain, féministe jusqu’au bout des pages. La surprise de cette dernière partie de l’année, qu’il faut avoir lu et mettre dans toutes les mains des lectrices mais aussi des lecteurs. Excellent ! 

 

Jean-Luc 

 

 

 

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L’année de grâce

Kim Liggett

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) : Nathalie Peronny 

Editions Casterman Jeunesse, 7 octobre 2020, 19,9 €

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