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26 août 2026

Érêves

« L’écriture fut la cause de tout. Du début et de la fin » : une claque, un roman qui vous piège, vous emporte bien au-delà de ce que vous pourriez imaginer. Merveilleux ❤️❤️❤️❤️❤️ Enorme coup de foudre ! 

 

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« L’écriture fut la cause de tout. Du début et de la fin » ainsi débute presque cette histoire et la pensée de son héros Jonas. Lui il ne s’était pas méfié de l’écriture. Quand Mme Almendra la professeure documentaliste avait conseillé à tous d’acheter un carnet pour noter leurs pensées au quotidien, il l’avait fait par réflexe pour se faire bien voir. Et puis un jour il commença à tout noter et ne s’arrêta plus. Sauf que parfois on fait des erreurs et qu’il ne savait pas qu’en le mettant un matin dans son cartable il allait provoquer la catastrophe. Dans son collège, son pire cauchemar Boris et sa bande mirent la main dessus et le trouvèrent malin de le lire à haut voix.
Jonas qui était déjà fragilisé par la vie et les problèmes familiaux explosa en vol. Il accepta cependant d’aller au cirque sans papa juste pour faire plaisir à sa petite soeur et sa maman. Pourtant la colère montait toujours et ce jour-là alors qu’il bouillonnait de rage face à son harceleur, un lac apparut : Mila (sa petite soeur) plongea dedans et il la suivit. C’est ainsi qu’ils arrivèrent par des chemins détournés dans Érêves, un monde où tout était inversé : les humains étaient des monstres terrifiants et les autres en avaient une peur bleue au point de les avoir longtemps chassés enfermés dans la Fourrière ou dévorés pour certains. Peur comme des oiseaux, de la beauté d’un chant … 

C’est un Vieux qui pêcha Jonas (on pense très fort à une version d’Hansel et Gretel) qui réussit à s’enfuir et trouver protection au Cirque d’Érêves sorte de bulle fragile de sécurité et de liberté. Il est peuplé d’un diable, Baron, d’un homme araignée Pavel, des siamoises Madame Alice et Madame Celia et de Blanche fillette au visage de clown triste (monstre de son état puisqu’humaine) et Merle le garçon oiseau à la voix d’ange. (Comme Blanche). 

En entrant dans ce roman, on sent tout de suite quelque chose de différent. Les mots filent, les phrases courtes au début s’enchaînent, s’entrechoquent, résonnent entre elles. La langue vrille quand les Vieux d’Érêves se mettent à parler comme pour d’autres, où les mots s’inverse, où la gentillesse devient une tare, où l’on vit la nuit. On se sent bien, comme aspiré par l’histoire, par ce récit qui tourne au fantastique dans ce monde miroir, comme inversé du nôtre mais tout aussi cruel et dangereux parfois. Un monde qui par bien des aspects fait penser au nôtre, il se meurt avec la rivière des Larmes désormais empoisonnée, un Prince cruel qui fait régner la terreur avec la Garde, sorte de bras armé humilié et humiliant… 

Jonas va se chercher longtemps, tâtonner, commettre des erreurs, faire des découvertes sur les autres, sur lui, mettre des mots sur sa colère, et ainsi trouver la clef. 

Ce roman ne se raconte pas davantage, il se vit, se sent, on rentre dedans littéralement et on vibre à chaque page. C’est une petite merveille d’écriture, d’invention, de mise en abîme, de découvertes, d’inventivité et d’une grand poésie. Tout fonctionne, touche le lecteur, le confronte surement à ses peurs à ses angoisses et à ses joies. Stéphane Servant nous offre ici un roman absolument merveilleux comme suspendu dans le temps et totalement réussi. A ne manquer sous aucun prétexte. 

 

Jean-Luc 

 

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Érêves 

Stephane Servant 

Illustration de couverture : Germain Barthélémy

Editions du Rouergue, collection dacodac, dès 9 ans, 6 mai 2026, 18,40 €


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